La galerie a deux fonctions importantes
dans le processus art-thérapeutique :
1. un lieu
d'exposition et de stimulations
La galerie se présente comme la première étape de la
thérapie artistique. La galerie aide à voir les œuvres d'art existantes. Elle
procure la matière première au développement des pratiques artistiques.
Grâce aux expositions de peintures, nous cherchons donc à stimuler
l'expression artistique des personnes par l'impression, c'est à dire mettre
des œuvres d'art choisies en présence des personnes concernées par
l'art-thérapie. Plusieurs possibilités s'offrent alors à nous :
- Les œuvres d'art
"sensibilisent" les personnes au langage plastique. Il s'agit de
stimulations passives. L'œuvre est seulement regardée et la
transmission n'est pas dirigée par l'extérieur.
- Des stimulations actives
existent également :
- Par les analyses d'œuvres
présentées aux participants des ateliers.
- Par le travail graphique des
participants à partir des œuvres exposées.
2. une étape finale
d'exposition pour les participants aux ateliers
L'exposition fait partie intégrante du processus
artistique. Il s'agit donc, au terme du travail d'art-thérapie, que la galerie
puisse devenir un lieu d'exposition des productions finalisées des participants
aux ateliers.
Créer une exposition peut amener, lorsqu'on y est préparé, aidé et soutenu, à
des bénéfices psychologiques importants.
Les modalités d'exposition doivent être comprises et définies comme une continuité
de l'expression de la personne dans son rapport aux autres.
OBJECTIFS DES
STIMULATIONS
Elles aident à l'"apprentissage" et la
structuration du langage plastique des personnes. Par l'enrichissement et la
cohérence des impressions s'opère un enrichissement et une cohérence de
l'expression.
Les objectifs par le biais de cette structuration du
langage plastique, restent l'aide à la personne et non son apprentissage par
mimétisme, qui enfermerait sa personnalité et l'expression de ses émotions et
de son propre discours. La structuration permet au contraire de développer
davantage la créativité.
Le choix de présenter des œuvres "volontairement
engagées sur les problématiques humaines" doit permettre justement la
libération des participants aux ateliers, qui peuvent ainsi percevoir le
lointain des limites de l'art et s'échapper progressivement d'un art contenu.
DIFFERENTS DEGRES
D'IMPLICATION
Selon les cas, il sera possible d'être simple regardeur
ou de poursuivre le parcours complet et évolutif : de l'état de regardeur à
celui d'acteur. A tout moment de la thérapie, il est essentiel de
"retourner" voir la galerie.
EN QUOI CES STIMULATIONS SONT-ELLES
EFFICACES ?
Ce "parcours" est tout d'abord un moment en
rupture avec le quotidien et les habitudes de chacun des participants. Les
personnes se retrouvent en phase d'excitation et d'émotions, qui pousse à la
(ré)action. Ses stimulations peuvent donc être considérées comme motivantes.
De plus, les expositions occasionnent une rencontre
avec une expression plastique élaborée, qui provoque le sentiment d'admiration
et une attraction. Ce parcours transporte les personnes vers un idéal
esthétique. Les œuvres exposées leur ouvrent la voie des possibles.
EN PRATIQUE
Au départ, la
galerie fonctionnait en "itinérance" et intermittence (nous
organisions des expositions, nous nous déplacions voir des expositions,
utilisions des reproductions d'œuvres, ...). Puis, nous avons mis en
place la galerie dite du Chien, qui correspondait à notre concept idéal (un atelier
côtoyant de près un espace exposition propice aux allers-retours
introspection/regard extérieur et distancé). Certains participants aux ateliers
d'art-thérapie ont pu monter leur exposition personnelle pour des bénéfices de
prise de conscience toujours importants.
DES OEUVRES
CHOISIES
Il est indispensable que les œuvres exposées permettent
les stimulations, donc qu'elles soient d'une certaine « richesse ».
La richesse d'une œuvre répond, dans notre propos, à plusieurs critères :
- une organisation plastique
personnelle
- une manière personnelle
- différents niveaux de lecture
possibles (sens littéral, sens symbolique, sens moral et sens anagogique)
- la transmission d'émotions
- provoquant une ou plusieurs
réactions chez le regardeur
A spécifier cependant, que le degré de réceptivité des
styles dépend du regardeur (de son histoire au sens large et de sa culture).
SUR LES ANALYSES
D'OEUVRES
Rappels sur les productions comme documents cliniques :
(extraits de "Introduction à la psychologie clinique")
- Un dessin ne s'interprète pas
directement, il n'y a pas de correspondance directe entre ce que la
personne dessine (peint/ sculpte) et une signification précise.
- Il faut prendre le dessin
(peinture) pour ce qu'il est, une image, rien qu'une image.
- Parallèlement, cette image est
un langage dont seule l'analyse rigoureuse nous livre l'étendue de
son pouvoir de signification.
- Certains tests classiques
(matériel standardisé validé) existent : le test du dessin du bonhomme
(GOODENOOTH) permet de juger de la construction de l'image humaine ; le
dessin de famille (de CORMAN) utilise plus directement la représentation
que le sujet se fait de lui-même par rapport aux autres et font appel à
l'imaginaire.
Des grilles de lecture standardisées donnent un aperçu
du degré de développement graphique de l'enfant. Ce qui existe en matière
d'analyse de productions n'utilise généralement qu'un champ partiel
d'observations et s'effectue principalement sur des productions d'enfants, de
manière à appuyer un diagnostic.
A createca, nous n'effectuons aucun diagnostic à
partir des productions.
Nous réalisons des analyses pour les donner aux producteurs, comme matière
à leur propre réflexion sur leur chemin artistique et thérapeutique.
Nous appuyons nos analyses entre autres sur des
méthodes validées d'Histoire de l'Art.
Deux types d'analyses sont utiles dans le processus
art-thérapeutique :
- les analyses des œuvres des
grands maîtres servant de stimulations premières aux participants des
ateliers.
- les analyses des productions
des personnes, en regard de leur comportement dans l'atelier, sont
toujours réalisées de manière "intime", et permettent une
meilleure compréhension et réflexion sur l'expression des difficultés et
des potentiels.
Il s'agit d'ANALYSES OBJECTIVES pas seulement centrées
sur l'interprétation des symboles. L'analyse objective est fondée sur la
METHODE DE LECTURE NARRATIVE, qui amène sur une compréhension sémantique de la
production.
Trois points essentiels sont soumis à notre attention:
- les éléments plastiques
(présence, quantité, absence, dans leur rapport à l'histoire de l'art,...)
- le traitement (la touche,
la manière, observation des positions du corps de la personne dans
l'activité, geste naturel et récurrent,...)
- l'organisation des éléments plastiques
entre eux (la composition, les sens de lecture, le discours,...)
UN TRAVAIL GRAPHIQUE A PARTIR DES
OEUVRES
L'intérêt de dessiner ce que l'on voit, dans un musée,
une église, une exposition, ne réside pas dans la qualité de l'imitation.
Il s'agit au contraire de noter tous les items de
personnalité:
- le sujet choisi par le
dessinateur
- le cadrage
- l'attention portée sur
tels éléments plutôt que sur d'autres
- le rapport à l'œuvre (dans sa
distance, son positionnement)
- la quantité de productions
effectuées
- ...
La deuxième étape consiste à travailler, à l'atelier, à
partir des dessins effectués in situ.
EXPOSER SES
PRODUCTIONS POUR DES BENEFICES PSYCHOLOGIQUES
Rappels sur le respect des œuvres des participants aux
ateliers :
(extraits du code déontologique des art-thérapeutes de la FFAT, Fédération
Française des Art-Thérapeutes)
- les œuvres produites par les
personnes sont leur propriété.
- l'art-thérapeute et la
personne doivent s'entendre sur le lieu de conservation des œuvres, pendant
et après la thérapie.
- en cas d'utilisation publique
des œuvres d'une personne (conférence, exposition, ...), cette dernière
doit donner son consentement par accord écrit après avoir été correctement
informée des clauses de leur utilisation.
- dans le cadre de
l'art-thérapie, il ne peut y avoir une exploitation financière des œuvres
des personnes participantes.
Cette étape arrive après un long cheminement. Il ne
s'agit pas d'exposer sans réelles raisons, mais plutôt d'être motivé par le
sentiment que c'est le moment de se montrer, à travers des productions
choisies.
Il faut une certaine distance par rapport à son travail, qui nécessite du temps
et être capable de recevoir les éventuelles "critiques" du public.
Cette étape est une prise de risque, qu'il ne faut réaliser seulement que quand
on est prêt. Le temps de "préparation" dépendra de chacun. Lorsque
toutes les conditions sont réunies et que les risques sont mesurés, la personne
peut mettre en scène ses travaux et les exposer aux regards extérieurs.
Ce n'est plus seulement l'art-thérapeute, avec qui une relation de confiance
est établie, qui pose un regard sur cette production mais d'autres personnes,
parmi lesquelles des connues mais aussi des inconnues. Et dans ce principe
fondamental de transformer le "domaine caché et/ou inconnu" en
"domaine public", exposer ses productions devient un outil de
révélation et de connaissance de soi ; d’autant que tout ce qui augmente
le "domaine public" améliore l'estime de soi (cf. : La fenêtre de
JOHARI).
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